Mardi 24 mai 2005
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C'est seulement deux semaines après être arrivé au Canada que j'ai décidé, sur un coup de tête parfaitement planifié, de faire des infidélités à Montréal pour aller rendre visite à sa grande copine Ottawa (la capitale du Canada bande d'ignares). Là bas m'attendaient deux autres expatriés venus s'installer à Gatineau, ville limitrophe d'Ottawa. Ottawa est en Ontario, à l'Ouest de Montréal, c'est-à-dire chez les rosebifs. Par contre Gatineau, c'est encore au Québec : il suffit de traverser le pont Alexandra (un grandiose enchevêtrement de métal très accueillant) pour passer d'une région à l'autre.
C'est sur ce pont, paraît-il, que les Ontariens et les Québecois, quelque peu éméchés, se livrent à des rixes ancestrales, chacun défendant sa culture et sa marque de bière préférée (ce qui revient sensiblement au même). Car ce pont, qui fait le lien entre les anglophones et les francophones, est au coeur d'un des plus grands paradoxes du Canada. Comprenez bien : les bars sont interdits aux mineurs au Canada. Oui mais, en Ontario, la majorité est à 21 ans. Au Québec, c'est 18 ans. Oui mais, les bars d'Ottawa sont bien plus hype que ceux de Gatineau. Donc, d'un côté vous avez les Ontariens qui passent le pont pour aller dans les bars Québecois, de l'autre, vous avez les Québecois qui veulent chopper de l'Ontarienne et qui donc traversent également le pont pour se rendre à Ottawa. C'est à 3h47 précisément que, tous les samedis soirs, des hordes de brutes sauvages se rencontrent sur ce fameux pont. Il n'est donc pas rare que, le dimanche matin, alors que vous dégustez de succulentes queues de castor au sirop d'érable tout en faisant du patin à glace sur l'Ottawa River (ce n'est pas du tout évident à faire, et il n'y a que les Canadiens qui savent exécuter de telles prouesses), vous tranchiez la main d'un pauvre étudiant emprisonné dans la glace...
Cette fin de semaine s'annonçait exceptionnelle. Le temps était plus que clément et de l'écoeurante liqueur de sirop d'érable (il va falloir vous y faire : les mots ici n'ont pas la même signification qu'en France, "écoeurant" voulant dire "génial", "délicieux". Moi en tout cas, je ne m'y fais toujours pas) m'attendait chez les deux zigotos qui allaient m'héberger pour deux jours, aux frais de la princesse.
Après avoir parcouru sans encombre les quelques 250 km qui séparent Montréal d'Ottawa dans ma luxueuse Chevrolet Impala automatique, me voilà arrivé à Ottawa. On m'avait prévenu : "Si tu te perds dans Ottawa, c'est fini pour toi mon pauvre". Inévitablement, je me perds dans cette ville qui m'est inconnue (mais étrangement hospitalière), ayant manqué le pont Alexandra pas du tout indiqué sur les panneaux. C'est avec un anglais approximatif que j'arrive à demander mon chemin, alors que j'étais devant le Parlement Canadien (un imposant Big Ben à la sauce canadienne, signe de l'écrasante suprématie du Common Wealth) très agréable à contempler de nuit. C'est en parcourant les longues rues et autres avenues d'Ottawa que, une demie-heure plus tard, je parviens à trouver le chemin qui me mènera à Gatineau.
Le lendemain, visite quasi-complète d'Ottawa, en compagnie de mes deux compères et d'un de leurs amis. Ottawa est très différente de Montréal. Ce qui choque, c'est l'esprit de patriotisme qui hante chacune des rues, esprit qui va en décroissant à mesure que vous vous éloignez du Parlement. D'ailleurs, en vous positionnant en un point hautement stratégique devant le Parlement, vous pouvez compter pas moins de 32 pavillons canadiens, histoire de bien vous faire comprendre que vous êtes au Canada si d'aventure vous vous sentiez perdu. Après avoir longuement vadrouillé dans Ottawa, et après avoir piqué une sieste bien méritée dans un parc jonché de tulipes et de fumeurs de cigarettes qui font rires, pile devant l'austère ambassade des Etats-Unis, nous nous rendons dans le quartier des bars branchés, où la fine fleur des plus pulpeuses serveuses de tout le Canada (prévoyez les pourboires) côtoie la bonne ambiance générale, rythmée par les vrombissements des Harley Davidson et des rutilants Hummer tout droit sortis de Mad Max, même si on se croirait dans le monde merveilleux de Dick Rivers. Il y a des gens qui n'apprécient pas Ottawa, mais moi j'ai vraiment été emballé, même si le soleil canadien m'a flanqué une bonne migraine.
Un Advil et une nuit de sommeil plus loin, nous allons direction le Parc Gatineau, parce que quand même, il faut savoir se retrouver avec la nature. Être "vrai" quoi. Point de castor ni de caribous. Juste encore un peu de neige et des millions d'hectares de forêt, parsemés de quelques baraques que de toute façon je ne pourrais jamais m'offrir. Là, je touchais du doigt le mythe de "La cabane au Canada". Grandiose sérénité.
Le soir venu, je rentrai enfin chez moi, à Montréal, qui me manquait déjà tant...
Par Kestuffou
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Publié dans : Le fil de l'histoire
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